Table ronde 3 – Prévenir la détresse psychologique des personnes sourdes ou malentendantes

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Dr Pascale GILBERT,
Direction de la compensation à la CNSA

Je travaille à la direction de la compensation à la CNSA et nous avons été associés à l’enquête, pour aider au traitement des données.

Les travaux conduits à partir de cette enquête ont bien pointé la question de la détresse psychologique des personnes sourdes, malentendantes ou acouphéniques. Le premier résultat important pour nous de cette étude c’était la mobilisation extrêmement importante des personnes pour répondre à cette enquête.

Bien qu’ayant eu des difficultés pour remettre cette enquête en perspective, elle a permis de pointer l’évidence de cette question : il va falloir améliorer les connaissances sur la détresse psychologique des personnes sourdes. Il y a déjà des travaux dans lesquels la CNSA est engagée, notamment avec l’adaptation par l’INPES du Baromètre santé, le blog. C’est très important, cela permettra de se rendre compte de la situation chez les personnes sourdes par rapport à celle de la population générale. En effet, bien qu’il s’agisse d’un problème de santé publique pour toute la population, il faut prendre en compte ses particularités concernant les personnes sourdes, malentendantes ou acouphéniques.

Par rapport au constat d’un problème d’accès aux soins et à la prévention, notre ligne de conduite c’est de permettre une amélioration de cet accès au droit commun. Les personnes sourdes doivent pouvoir bénéficier de la même qualité d’accès à la prévention et aux soins, de manière à ce que la loi du 11 février 2005 ne soit pas un vain mot.

La CNSA vient de rendre son rapport annuel 2010 dans lequel la question de la prévention est au premier plan. La première des choses, c’est de mieux connaître les phénomènes associés aux différentes situations de handicap qui entravent spécifiquement la prévention et l’accès aux soins, pour pouvoir améliorer la situation par des approches adaptées.

On a plusieurs pistes de travail pour ça , parmi lesquelles l’enquête Handicap santé, dont une partie a d’ores et déjà été exploitée en lien avec l’enquête (cf. la présentation de Madame Roussel). Il faut également pouvoir approfondir un certain nombre de problématiques mises en évidence. C’est un travail de recherche. La CNSA essaye de soutenir le développement d’une recherche dans le champ du handicap dont les rapports successifs du CNCPH comme de l’ONFRIH ont montré la nécessité persistante.

Il y a des questions qui ont déjà été soulignées au cours de ce colloque, je ne vais pas en parler. La question du soin psychique, de ses particularités chez les personnes sourdes, malentendantes ou acouphéniques, est une question de recherche.. En effet, le croisement de la problématique de la communication avec la problématique psychique qui touche la relation ne conduit pas à une addition de ces problématiques. Il n’y a pas beaucoup de travaux et de publications sur le sujet. L’accès aux soins, en dehors des questions de prévention et de recherche, nécessite qu’il y ait une adaptation de l’offre de soin pour qu’elle puisse accueillir les personnes en situation de handicap.

La Haute autorité de santé a fait une audition publique sur le sujet. Là encore, nous avons beaucoup de progrès à faire.

La mise en place des ARS devrait nous apporter des outils. Désormais les leviers financiers sont tous de la même main, puisque les budgets prévention, soins, sont maintenant pilotés par l’ARS.

Au niveau national, la CNSA a un rôle de régulation. A l’intérieur des territoires, il y a un enjeu de rééquilibrage de l’accès aux soins des personnes et de certaines populations, notamment les populations handicapées.

Nous avons donc plusieurs pistes d’action, dont certaines sont intégrées au sein du plan Handicap auditif que M. Yvan Denion développe dans son intervention.


Yvan DENION,
Chef du bureau insertion et citoyenneté, Direction Générale de la Cohésion Sociale

Pour prolonger les propos précédents du Dr Gilbert, j’insisterai sur le point qui me paraît important de la problématique de la détresse psychologique des personnes sourdes qui pose la question de l’accès aux soins des personnes handicapées à l’ensemble des services. Un des moyens d’améliorer la situation est de renforcer l’accès au droit commun des soins.

Le Dr Quérel, dans la précédente table-ronde, insistait sur l’importance du premier rendez-vous et montrait combien les difficultés de communication pouvaient conduire à des difficultés, des hésitations à recourir ensuite aux soins. Il est important dès le premier rendez-vous de lever cet obstacle.

Pour rendre l’accès à tous les services, il faut faire en sorte que les démarches ne constituent pas des obstacles insurmontables, qu’elles puissent être réalisées en toute autonomie. C’est dans cette direction que travaillent, avec l’appui la DGCS et la CNSA, les agences régionales de santé.

L’accès à tous les services de soins et les services médico-sociaux, au même titre que la population générale, est un objectif affiché. Comment garantir l’accessibilité des soins de premiers recours, etc. ?

Ces questions sont portées par les différents guides d’appui méthodologiques préparés à l’attention des ARS. Il est trop tôt pour avoir un retour sur la prise en compte de ces préoccupations pour renforcer l’accès au droit commun. Toutefois, il y a différentes phases réalisées. Les phases de diagnostic, notamment. Le secteur associatif, et vous-mêmes, avez un rôle de relais à jouer dans cette élaboration. Des concertations, des instances ont été créées, par exemple la Conférence régionale de la santé et l’autonomie, où ces préoccupations pourront être portées localement par les associations.

Au-delà du renforcement de l’accès au droit commun, des pistes d’action plus spécifiques existent sur lesquelles les pouvoirs publics sont mobilisés.

En effet, le plan Handicap auditif, lancé le 10 février 2010 porte des mesures qui répondent à cet objectif de prévention de la détresse psychologique. La mise à disposition d’une information de qualité, l’amélioration des besoins d’accompagnement, le renforcement de l’offre de service et d’accompagnement, la facilitation de l’accès des personnes sourdes aux soins.

Ce plan a un an. Des mesures ont été mises en route. Mon propos n’est pas de faire le bilan des différentes actions. La conférence qui se tiendra le 8 juillet prochain sera l’occasion de revenir sur les avancées. Mon propos portera sur deux mesures.

La première concerne le Centre national de ressources sur la surdité, qui est chargé de concevoir, diffuser une information large, objective et neutre, en capitalisant sur les expériences des centres régionaux d’informations sur la surdité. Il devrait ouvrir en 2012. Nous avons organisé une réunion en janvier dernier pour précisément capitaliser sur les expériences conduites par le passé et nous solliciterons les associations prochainement pour participer à une réunion de poursuite de ce chantier pour recueillir leurs attentes.

Une autre mesure attendue concerne le recensement des réseaux de professionnels sensibilisés aux problèmes spécifiques de santé mentale et mettre à disposition des MDPH cette information. Il s’agit de rendre visible les ressources existantes et favoriser l’accès des personnes sourdes à des professionnels sensibilisés aux problématiques de la surdité.

Ce travail a été confié aux ARS, qui sont mobilisées sur l’organisation des Schémas d’intervention régionaux. Nous les avions déjà sensibilisées en 2010 et il est apparu qu’il était nécessaire de les accompagner et de les outiller pour mettre en œuvre ce recensement. Il était donc indispensable de mettre en place des travaux préparatoires pour rendre cette mesure efficace.

En effet des questions d’ordre méthodologiques se sont posées : sur les modalités, les finalités du recensement, le repérage de l’information pertinente, sa capitalisation, comment la faire remonter et relier ce répertoire aux différentes MDPH. Tous ces questionnements nécessitent de conduire un travail préalable.

Nous allons, avec la CNSA, initier ce travail préparatoire prochainement. L’objectif est d’arriver à élaborer une méthodologie de recensement, de l’expérimenter et ensuite de la mettre à disposition de toutes les ARS. Un groupe de travail va être constitué avec tous les acteurs évoqués, et vous-mêmes, pour mettre en place cette mesure dont la réalisation est importante, au-delà de la problématique de la détresse psychologique.

En effet, la méthodologie élaborée pourra être transmise, transférée pour la constitution de réseaux de professionnels de santé pour d’autres types de soins. Au-delà du recensement des professionnels sensibilisés à la surdité, on peut la déployer pour d’autres populations, d’autres types de handicap. La réussite de l’élaboration de cette méthode est un enjeu important. Ce travail permettra d’améliorer l’accès aux soins des personnes handicapées en général.


Eliane KERAVEC,
Psychologue, Vice-présidente du BUCODES
Trésorière de l’Unisda

La détresse psychologique est pour partie liée à des facteurs psychosociologiques relatifs à ce handicap. l’autre partie venant de facteurs personnels. La prévention de cette détresse devra tenir compte de ces deux catégories de facteurs.

LES FACTEURS PSYCHOSOCIOLOGIQUES

Globalement, le handicap véhicule beaucoup d’émotionnel, il est souvent perçu comme un écart avec le système social et il interroge la perception de l’Autre comme Sujet. Le handicap induit une difficulté relationnelle, dans la confrontation du regard, dans la rencontre avec le handicap, suscitant une gêne, une difficulté chez la personne « normale ». Sont souvent évoquées par les personnes amenées à côtoyer des personnes handicapées, des sentiments de « perturbation », d’émotion », de « gêne » voire de « peur ».

D’où la mise à distance, le rejet. Or : l’exclusion est un facteur majeur de détresse.

Qu’en est-il pour la surdité : Les sourds, devenus sourds sont confrontés à l’image négative de la surdité dans notre société. Cette image est le fruit de l’histoire et d’un imaginaire collectif qui s’exprime à travers nombre d’expressions du langage ordinaire. L’humain est un être parlant, le langage, et la pensée qui lui est étroitement liée, lui conféraient la plus haute place dans la pyramide de l’évolution (jusqu’au XIXème siècle, on ne parlait pas d’évolution, mais de création divine). Le sourd-muet renvoyait dans l’imaginaire à l’animalité, d’où la lutte contre la Langue des Signes.

Aujourd’hui la surdité évoque spontanément chez la plupart la Langue des Signes Française, qui fascine, sans que cela s’accompagne d’une réelle connaissance, son apprentissage étant long, comme pour toute langue. Elle évoque aussi : la vieillesse dans une société qui glorifie la jeunesse, une personne aigrie et/ou et risible…, l’impossibilité à communiquer : handicap de la communication, la surdité touche tout autant la personne sourde, devenue sourde… que les interlocuteurs : elle les rend muets . Un des objectifs de la loi 2005 est justement de changer ce regard sur le handicap, et donc, plus particulièrement en ce qui nous concerne, la vision de la surdité. On ne parle plus de personnes handicapées, mais de personnes en situation de handicap.

LES FACTEURS LIÉS A LA PERSONNE ELLE-MÊME

Les personnes sourdes de naissance : la surdité a toujours fait partie de leur vie. Une partie de personnes sourdes de naissance pratiquant la LSF est parfaitement épanouie dans ce mode de communication ne se perçoit nullement comme « handicapée ». Mais elles se heurtent au manque de personnes formées et compétentes susceptibles de les accompagner dans leur vie scolaire, professionnelle : interprètes, professeurs, etc. D’où un légitime sentiment d’exclusion.

Les personnes devenues sourdes : elles ont baigné dans l’imaginaire collectif évoqué précédemment. Pour parvenir à l’acceptation, un deuil est nécessaire. Ce deuil est un travail psychique qui prend du temps : entre 1 et 2 ans, et comme tout deuil, il peut être compliqué, voire pathologique. S’y ajoute la crainte de perdre son autonomie sociale, financière, de ne plus être perçu suffisamment « rentable sur le marché du travail », de se démarquer du groupe des pairs au travail.

Les personnes âgées souffrant de presbyacousie liée à l’âge : le sentiment dominant est l’inéluctabilité de cette perte, un certain fatalisme est plus que courant… Or le repli sur soi, le repli social peut être extrêmement rapide et préjudiciable à la santé mentale, à la santé tout court (cf l’étude Acoudem du GRAP Santé, Groupe de Recherche Alzheimer Presbyacousie, et sa confirmation récente par une équipe américaine de John Hopkins sur le lien presbyacousie et développement de la maladie d’Alzheimer)

Les personnes acouphéniques et hyperacousiques : ces manifestations peuvent ou non être liées à une perte auditive. Dans les cas où il n’y a pas de perte auditive, leur image de soi n’est globalement pas touchée, mais s’impose la difficulté de se faire entendre par leur entourage et les professionnels qui trop souvent parlent de « mal imaginaire »… Quand ces pathologies sont liés à une surdité, quelle qu’en soit le degré, s’ajoutent aux obstacles citées ici les difficultés évoquées précédemment.

Les réponses à apporter seront différentes en fonction de l’âge de la survenue de la surdité.

Dans la prime enfance, avant l’acquisition du langage :

Des actions à mener de front : Un accompagnement dès l’annonce de la surdité de leur enfant, pour faire face au risque de désaffiliation narcissique, de la rupture du lien préjudiciable à l’enfant, l’investissement parental étant la base de la nourriture psychique du petit. Il est crucial que les parents prennent conscience de la nécessité absolue de l’acquisition d’une langue structurée, le plus précocement possible, avant la scolarisation, comme pour les enfants entendants, qu’ils puissent faire des choix en toute connaissance de cause et aient la possibilité d’acquérir les compétences nécessaires pour communiquer avec leur enfant. Ce sont eux qui font entrer leur enfant dans le langage :ils soient rassurés sur le maintien de leur rôle parental, qu’ils ne se sentent pas dépossédés de leur enfant, que celui-ci ne soit pas uniquement confié à des professionnels Rassurer ces parents sur leurs compétences parentales, essentiellement en leur permettant de s’en approprier de nouvelles ( 95% des enfants sourds profonds naissent dans des familles entendantes).

Moyens : Formation des médecins, premiers interlocuteurs des parents : médecins généralistes, ORL, Quel que soit le moment choisi, il est impératif que cette annonce soit faite par une personne formée aux risques engendrés par l’annonce de la surdité, et des conséquences de celle-ci dans la vie des personnes, des familles. Un psychologue nous semble la personne la plus adaptée. Il est essentiel que l’information soit délivrée dans un lieu le plus neutre possible…nous attendons la mise en place la plus rapide possible du Centre de ressources sur la Surdité, et de ses déclinaisons au niveau départemental, au plus près des personnes concernées. La nécessité d’un temps plus long que ce qui existe actuellement pour s’informer et se former, et la prise en charge financière des frais et pertes de rémunération professionnelle imputables à ces formations.

Le temps de la scolarisation : Comme pour tout enfant, étape déterminante de la vie. Elle passe, comme nous l’avons vu, par l’acquisition d’un langage structuré, et bien sûr, par la maîtrise de la langue écrite. L’impasse auquel conduit un mauvais apprentissage linguistique, lequel induit inéluctablement un déficit de compétences, remet en cause l’insertion sociale future des jeunes sourds.

Cf. le document de réflexion du comité de pilotage de l’Unisda sur la question. Il repose sur les évidences linguistiques dont on a vu l’importance précédemment : Le choix de la LSF doit ouvrir vers une possibilité de recevoir tout enseignement en LSF. Le choix de la langue française doit ouvrir vers une possibilité de recevoir tout enseignement dans une langue parlée rendue accessible au sein de la classe.

Sont attendues :
- des orientations qui placent l’enseignement des jeunes sourds dans le cadre de l’Éducation nationale. – des MDPH : que les notifications soient faites en fonction des besoins de l’enfant et non des réponses existantes sur le terrain.

Les devenus sourds, acouphéniques, hyperacousiques. Comme nous l’avons vu ce matin, il a été montré que les personnes devenues sourdes, acouphéniques et hyperacousiques sont plus affectées par la détresse psychologiques et le risque suicidaire est plus important, co.

Les deux périodes de risques maximales se situant au début de l’âge adulte, au moment de l’entrée dans la vie professionnelle, et chez les 39-50 ans ; liés aux retentissements sur la vie professionnelle. Pour tous : les difficultés de communication avec leurs proches, le deuil à faire de leur Image de soi antérieure.

Les réponses : Une prise en charge psychologique s’impose avant toute chose pour faciliter le travail de deuil, éviter un deuil compliqué ou pathologique, ouvrir des portes de sorties. La compensation de ce handicap : qui permettra de mieux accepter sa surdité . L’information des personnes concernées, L’information et la formation des professionnels, encore et toujours : médecins généralistes, ORL, audioprothésistes. Formation, informations des médecins du travail, des employeurs, des missions handicap au sein des entreprises. Mise en place de réseaux destinés à l’accueil de ces personnes.

Les personnes âgées : La retraite signifie baisse de revenus, ce sera de plus en plus vrai dans le futur ! S’ajoute une compensation plus difficile à financer à cause de la barrière d’âge inscrite ds la loi 2005, barrière d’âge qui devait disparaître en 2010… Les réponses attendues : Suppression de cette barrière d’âge, Encore et toujours formation des médecins généralistes ; des gériatres, Des professionnels en contact avec les personnes âgées, notamment dans les maisons de retraite.

POUR TOUS : Le bien-être psychologique est étroitement lié aux conditions de vie, et au parcours de vie de la personne. La prévention doit nécessairement inclure ces deux volets. Les conditions de vie : 1) Une grande partie de la réponse au problème de la détresse psychologique réside dans notre capacité à mettre en place l’accessibilité prévue dans la loi 2005, de tous, pour tout, partout, pour toutes les surdités, dans le changement de vision de la surdité qu’elle induira, pour la rendre la plus banale possible. 2) Nous comptons sur l’application du plan handicap auditif gouvernemental, avec une exigence de qualité dans la formation des professionnels concernés, avec des bémols concernant la scolarisation des enfants. 3) Une meilleure prise en compte des besoins de compensation du handicap auditif à tous les âges de la vie, 4) Une meilleure prise en charge des appareils de correction auditive, et la baisse de leurs prix, 5) Une formation des personnels des Maisons Départementales des Personnes Handicapées à la surdité, 6) Plus généralement, une information large sur la surdité, pouvant prendre la forme de campagnes en direction du grand public. 7) Un soutien aux associations, relais précieux. 8) Favoriser la recherche universitaire sur le sujet.

  • La prise en charge personnelle : Nous souhaitons :
  • La poursuite de l’état des lieux sur tout le territoire, avec les ARS,
  • La création de centres de soins et de ressources en santé mentale pour les personnes sourdes et malentendantes, acouphéniques et hyperacousiques sur tout le territoire.
  • La mise sur pied de réseaux de professionnels en santé mentale formés à l’accueil de personnes concernées.

ECHANGES :

Vincent Edin (Journaliste, animateur)

Une question revient deux fois : peut-on imaginer la publication d’une plaquette permettant aux professionnels de renseigner les usagers en détresse ? Concernant le centre national de ressources : En quoi va-t-il répondre à des questions, besoins et des attentes locales alors qu’il a été annoncé que ce ne serait qu’un site Web ? Pourquoi supprimer les centres d’information surdité, qui sont des relais de proximité, à l’interface des associations et des professionnels ? Si les MDPH récupèrent ces missions, elles n’ont ni le temps, ni les compétences et connaissances nécessaires à la surdité.

Une autre question porte sur le même sujet : pensez-vous sincèrement qu’un seul centre de ressources pour la surdité à Paris remplacera tous les centres de province sur lesquels nous nous appuyons ? C’est impossible.

Yvan Denion

Dans le délai qui va m’être imparti pour répondre, je voudrais dire les points suivants :

D’abord, en ce qui concerne les CIS, je voudrais rappeler qu’il n’y a pas, aujourd’hui, des CIS implantés sur l’ensemble du territoire. Donc il y avait pour le moins un défaut de diffusion et de répartition de l’information. Par ailleurs, effectivement, la mesure qui consiste à créer un centre national de ressources ne répondra pas à la totalité des besoins en information. L’enjeu de cette mesure-là, c’est d’articuler la création de centres dont la nécessité était appelée par l’ensemble du secteur. L’objectif est de savoir comment on articule cette information nationale qui est nécessaire avec les MDPH, dont on sait qu’elles ont un rôle important à jouer au plan local.

La finalité de cette mesure-là, à savoir : avoir une information de qualité, elle ne se résume pas à la création d’un centre national de ressources, mais elle doit aussi, et c’est son enjeu, être articulée avec le rôle des MDPH. C’est sur ces deux points que l’on travaillera. S’agissant des modalités de fonctionnement de ce centre national de ressources et concernant la question posée sur la plaquette d’information, à ce stade-là des travaux du groupe de travail, toutes les pistes sont ouvertes. On n’a pas encore, même pas du tout, arrêté le périmètre d’intervention et les modalités de fonctionnement de ce centre-là. Ce sera le rôle des différentes réunions du groupe de travail que de déterminer le périmètre et les modalités de fonctionnement du centre.

Dr Pascale Gilbert

Concernant les MDPH, il faut savoir que c’est un dispositif très récent encore, même si ça semble long, il date de cinq ans, depuis 2006. Mais pour faire un changement de l’ampleur de ce qui était attendu pour passer de la COTOREP au dispositif des MDPH, avec notamment toute la fonction accueil, il y a un travail énorme qui a déjà été réalisé, même si, quand on regarde la bouteille à moitié vide, on se dit qu’il y a encore beaucoup de choses à faire. Il y a quand même eu de gros progrès de faits au niveau de l’accueil, c’est souligné dans les travaux de mesure de la satisfaction des usagers, car dans les MDPH, on peut trouver des flyers qui invitent à donner son avis sur l’accueil, donc tout le monde peut s’exprimer. Les réponses sont analysées tous les ans et c’est présenté au conseil de la CNSA tous les ans. On voit bien que l’accueil est une des fonctions dont les usagers disent qu’elle a le plus progressé depuis la mise en place des MDPH. Il y a sûrement encore des progrès à faire, je vous l’accorde, mais c’est vraiment un travail qui est fait.

Par rapport à l’information donnée aux personne, par rapport à l’accueil qui leur est fait et à la qualité des retours qu’on peut leur donner sur les possibilités d’accès aux soins, c’est là où le lien avec les ARS et le travail local de recensement, de mise à disposition d’information est extrêmement important. C’est quelque chose qu’on n’a pas pour l’instant, et niveau régional doit certainement être décliné au niveau des territoires. C’est donc important que, au minimum au niveau des MDPH, voire même dans certains endroits en infra-territorial, il puisse y avoir une information qui soit recensée. C’est un travail qui est à faire et qui ne peut pas se décréter du niveau national. On va donner un appui aux ARS et aux MDPH pour faire ce travail. À la CNSA, on a l’habitude de faire ce travail d’animation et d’accompagnement des équipes localement. On travaille par exemple avec les équipes pluridisciplinaires des MDPH pour justement faire monter en compétences les équipes pour qu’elles puissent mieux prendre en compte les différents types de handicaps.

Donc sur la question des aides humaines pour les personnes sourdes par exemple, sur la question des aides techniques, on a tout un ensemble de travaux qui sont conduits petit à petit, et on progresse sur ces questions-là.

Vincent Edin

Un autre point sur lequel les pouvoirs publics sont attendus, c’est une question de moyens. On nous dit : « Actuellement, les structures spécifiques pour les personnes sourdes existantes sont mal financées. Vous dites qu’il faut sensibiliser l’ARS ? » Il pense par là qu’il faut aller au-delà de la sensibilisation et développer des moyens.

Une seconde question porte sur la même thématique : « Pourquoi refaire des enquêtes alors que votre responsabilité est de mettre en place des unités de soins ? Il n’y a pas de temps à perdre dans des pseudo études puisque cela vous a déjà été apporté, il n’y a pas besoin d’explorer au-delà, mais plutôt de créer des unités de soins. »

Yvan Denion

J’en conclu aux applaudissements que cette préoccupation est partagée par beaucoup de personnes dans la salle. Je ne voudrais pas qu’on se méprenne sur les propos que j’ai pu tenir ou sur la manière dont on entrevoit la mise en œuvre de cette mesure 11, il ne s’agit pas d’une énième enquête de terrain. C’est un travail méthodologique nécessaire à conduire pour réussir à mettre en place une mesure opérationnelle. Quand on crée un service spécifique, adapté, il faut le créer de telle manière qu’il réponde aux attentes des personnes.

Donc il est nécessaire, on l’a vu aussi à l’occasion des différentes interventions, d’objectiver quand même ce qui se passe sur le terrain. Vous avez parlé de la réalité des inégalités territoriales en matière de ressources en soutien psychologique. De fait, l’intérêt de ce travail de recensement que doivent conduire les ARS sera d’objectiver cette réalité. Réalité qui, jusqu’à présent, n’a certainement pas été concrétisée. Et de fait, c’est par ce travail de terrain et par ce travail d’objectivation que vont conduire les ARS que, précisément, les priorités et l’affectation des crédits seront réalisées. Une intervenante dans la salle

Vous avez parlé de corrélation entre la maladie d’Alzheimer et la surdité, disant que ça favorisait. Le GRAP, je connais un peu. Souvent, on a constaté qu’il y avait un développement d’Alzheimer chez des personnes déjà sourdes. Je voudrais faire remarquer un faux diagnostic. En effet, dans les foyers logement ou les maisons de retraite, même équipés d’une boucle magnétique, mais la boucle n’est pas activée, on ne surveille pas forcément si les personnes âgées portent leurs prothèses, qui se retrouvent parfois dans les draps ou dans le tiroir. Alors la personne déambule, elle se déséquilibre, elle ne répond pas, ou elle répond à côté, et on porte le diagnostic d’Alzheimer. C’est la réalité quotidienne. Il faut en être convaincu. C’est pour ça qu’il y a aussi la cause, tout n’est pas Alzheimer. Il y a des causes familiales, il y a des causes budgétaires que se permettent d’écarter parfois des gens… C’est vaste…

Eliane Keravec

Effectivement, le problème est vaste, mais il touche aussi en partie à l’image de la surdité et à la formation des personnels qui travaillent dans les foyers logement ou dans les maisons de retraite. En effet, pour la plupart, ils ne connaissent pas la surdité. Ou alors, effectivement, c’est la fatalité : ils sont âgés, ils sont vieux, etc.

Se servir d’appareils, ça signifie un apprentissage, ça demande du temps, et souvent, on ne prend pas le temps de faire cet apprentissage. Donc là, c’est principalement un problème de formation des personnes qui travaillent dans les maisons de retraite.

Actuellement, il y a une campagne d’information sur le cancer, sur l’image du cancer, ça fait partie de nos revendications. Nous voudrions faire une grande campagne d’information au niveau national sur ce qu’est la surdité, sur ce que sont les surdités.

Vincent Edin

Je rappelle que la grande campagne sur le cancer, c’est : « Je ne suis pas un cancer, je suis une personne. » Je suppose que c’est là-dessus que vous souhaitiez vous appuyer.

Yvan Denion, une question d’orthodoxie budgétaire : Votre état des lieux ne cherche-t-il pas, à l’image des autres gestions des pôles de santé, à faire en premier lieu des économies ?

Yvan Denion

Telle que la question est formulée, elle me paraît être une sorte de procès d’intention. Cette mesure est en train de se mettre en œuvre. Là-dessus, on sera jugé à nos actes et à la manière dont on la mettra en œuvre. Il y a précisément le souci, par cet appui méthodologique, de recherche d’efficacité. L’objectif est de mettre en place quelque chose qui soit efficace et qui réponde aux attentes.

Pour toutes les personnes avec lesquelles on a pu s’entretenir de la mise en œuvre de cette mesure, il y a la perception d’un travail préparatoire pour réussir à la mettre en œuvre. Il n’y a pas que notre volonté, à travers cet état des lieux, ce travail méthodologique, de faire des économies, il y a la volonté d’une recherche d’efficacité des mesures que mettent en place les pouvoirs publics, et c’est toute la crédibilité des actions conduites par les pouvoirs publics qui est en jeu.

J’ajouterai juste un élément d’ordre budgétaire, et ce point peut être vérifié par chacun d’entre vous. A la lumière des documents budgétaires disponibles auprès de la Représentation nationale, vous observerez que les budgets médico-sociaux augmentent chaque année. Le Dr Gilbert précise : plus vite que les budgets sanitaires.

(Des questions recueillies avant l’arrivée de Mme Marie-Anne Montchamp, Secrétaire d’Etat auprès de la Ministre des Solidarités et de la Cohésion Sociale, n’ont pas pu être traitées ultérieurement comme nous l’avions envisagé lors du colloque).