Conférence de l’Unisda – Tribune politique

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Tribune politique
avec Cédric Lorant, Président de l’Unisda
et Pénélope Komitès, pour le Parti Socialiste
Conférence de l’Unisda du 11 février 2012

Tribune politique

 Vincent Edin : Merci beaucoup à tous les cinq, et j’appelle Pénélope Komitès et Cédric Lorant à me rejoindre à la tribune. Pénélope Komitès, vous comprendrez bien que pour des raisons inhérentes au mouvement associatif et aux revendications portées par l’UNISDA, je ne suis absolument pas en mesure de vous interroger. Je vais donc laisser Cédric Lorant, le président, porter les revendications, les questions de l’UNISDA, et détails au Parti socialiste de répondre.

Cédric Lorant : Avant de commencer cette tribune politique, bien évidemment, nous avons fait appel à tous les secrétaires nationaux des différents partis politiques, à savoir l’UMP, les Verts, le Modem et le Parti socialiste. Aujourd’hui, nous recevons Pénélope Komitès pour le Parti socialiste, je vous laisserai vous présenter. Je vais poser des questions pour reprendre ce qui a été évoqué tout au long de cette journée, pour débattre sur quatre thématiques en particulier.

 Pénélope Komitès : Bonjour à tous, je suis très heureuse d’être avec vous. Je m’occupe, avec Hamou Bouakkaz, du versus handicap de la campagne de François Hollande. J’ai été, par le passé, de 2001 à 2008, adjointe au maire de Paris, Bertrand Delanoë, en charge des personnes en situation de handicap. Je me suis notamment attachée à mener un certain nombre d’actions en faveur des personnes sourdes ou malentendantes, notamment dans tout ce qui peut concerner l’accès au droit, en mettant notamment en place une permanence juridique pour les personnes sourdes ou une plate-forme d’accès au droit.

- Cédric Lorant : entrons dans le vif du sujet de la tribune. Ce matin, nous avons introduit cette conférence sur l’état des besoins des familles en matière de projets éducatifs, et notamment tournés de la dimension linguistique de cette éducation.
Nous sommes clairs au niveau des associations sur les différents modèles. En revanche, les 800 familles nouvellement concernées par la question de la surdité sont-elles en capacité d’appréhender ce qu’est la surdité, quels sont les différents projets éducatifs proposés par la loi de 2005, et quel est cet espace ? On a évoqué tout à l’heure le centre national ressources sur la surdité qui permettrait d’assurer ce lien.
Quelle est votre opinion sur cette question ?

- Pénélope Komitès : Je voudrais d’abord dire que chacun a le droit de vivre dans la société en étant lui-même. La société doit être un lieu d’émancipation, un lieu accueillant pour tous. Une des propositions du candidat François Hollande est de prendre en compte la dimension du handicap dans toutes les politiques. C’est la raison pour laquelle il a souhaité notamment mettre en place un haut commissariat à l’accessibilité qui soit chargé de mettre en œuvre toutes les réformes pour permettre à la France de rattraper le retard que notre pays a. Vous avez évoqué le centre national d’information sur la surdité.

C’est vrai qu’il y a des centres dans un certain nombre de régions aujourd’hui, je ne veux pas polémiquer, mais ce sont des centres où les familles ne se retrouvent pas beaucoup. Quelque part, ces centres doivent être des espaces neutres qui doivent permettre d’accueillir toutes les familles, et les associations doivent y avoir leur place pour permettre aux parents de trouver différentes solutions. Aujourd’hui, on a des centres qui sont très centrés professionnels : professionnels du soin notamment, mais aussi du dépistage. Je pense que les familles ont besoin d’autre chose.

Effectivement, il faut une réflexion nationale sur l’accessibilité et sur les besoins. Je précise que je ne suis pas une adepte des fameux appels à projets mis en place par la loi hôpital-patient-santé-territoire, aujourd’hui pilotés par les ARS, parce que je trouve dommage qu’on soit dans une logique descendante, c’est-à-dire que les autorités établissent un projet et lancent des appels à projet auxquels des porteurs de projet doivent répondre. Je pense que les projets doivent partir de la base.

Ces projets sur ce que doit être le centre national de la surdité devrait à la base être travaillé avec les associations, que les associations définissent leurs besoins et que les projets remontent, puis que ce soit le meilleur projet qui soit porté au final.On a une différence de méthode sur la place laissée aux associations dans les politiques du handicap, et pas seulement dans les politiques du handicap.

Effectivement, on ne peut pas non plus limiter un centre national de la surdité uniquement sur un site web. Ça doit être beaucoup plus que ça, et ça doit permettre aux parents qui n’allaient pas suffisamment dans les centres de surdité existants de faire le choix le plus approprié pour leur enfant, pour le projet de vie de leur enfant.Aujourd’hui, il faut mettre en place un centre national qui puisse permettre aux parents de faire en toute liberté le choix et le parcours d’autonomie qu’ils souhaitent pour leur enfant.

Cédric Lorant : Donc après l’acquisition d’une information large, neutre sur la question de la surdité, la famille va faire un choix de mode d’éducation. Nous avons élaboré deux modèles : un modèle bilingue (langue des signes française et langue française) et un modèle axé sur la langue française, avec ou sans LPC.
Il y a effectivement un parcours qui est imaginé aujourd’hui avec l’élaboration d’un projet de vie auprès de la MDPH, mais concrètement, comment est-ce qu’on répond à ces demandes, ces projets ? Quelle est l’articulation entre ces demandes qui relèvent plus de l’accessibilité, l’accès au savoir qui est un des fondements de la loi de 2005 ?

Pénélope Komitès : D’abord, tout le monde l’a dit depuis ce matin, il faut laisser aux parents la possibilité de choisir le mode de communication qu’ils souhaitent, et il faut que ce choix de communication soit respecté et soit possible sur toute la trajectoire de vie de l’enfant, de l’adolescent et de l’adulte, y compris dans l’enseignement supérieur. Aujourd’hui, on a quand même un certain nombre de ruptures.

La langue des signes est effectivement enseignée, mais pas suffisamment. Tout à l’heure, j’ai entendu qu’on allait dans d’autres départements ou d’autres régions. Il faut être prudent aussi là-dessus. Je pense qu’il y a un problème aujourd’hui avec les MDPH, c’est que… Aujourd’hui, l’Éducation nationale, pas de problèmes avec la langue des signes, même si les écoles bilingues devraient voir leur accélération, mais pour tout ce qui concerne le LPC, etc., on est encore sur de la compensation.

L’Éducation nationale ne la prend pas en charge. Donc il y a une vraie problématique aujourd’hui, et il faut qu’on arrive à dépasser ce débat. Ça ne devrait pas être classé dans la compensation. On ne devrait pas, avec les MDPH, avoir ce parcours du combattant qui existait à la création des MDPH en 2006, on peut le comprendre, mais qui existe encore aujourd’hui. On se demande encore aujourd’hui qui va payer le codeur, si ça doit être l’inspection d’académie, si c’est un morceau de l’inspection d’académie, un morceau de la MDPH…

Ce n’est plus possible. Il faut que l’Éducation nationale prenne ses responsabilités, de manière à ce que les familles ne soient pas livrées à aller chercher des financements à droite et à gauche, et que les codeurs ne soient plus uniquement vus comme de la compensation. Il faut qu’on arrive à des financements systématiques pour chacun, de la même manière que la langue des signes est aujourd’hui accessible à tous. Je le regrette, on est encore sur du bricolage à l’intérieur des MDPH.

On est aussi sur du bricolage pour d’autres choses : aujourd’hui, on a des formulaires à la MDPH sur lesquels on indique un projet de vie pour l’enfant. Vous souhaitez quoi : la langue des signes, le LPC… ? Normalement, on devrait avoir une évaluation nationale des besoins des enfants, qui permettrait d’avoir une idée des moyens financiers qui seraient nécessaires à mettre en place.

Aujourd’hui, et malheureusement, les maisons départementales des personnes handicapées ont des systèmes informatiques qui souvent ne sont même pas connectés entre eux, entre les enfants et les adultes. Quant à imaginer que des MDPH se parlent entre elles au niveau informatique, c’est extrêmement compliqué. Il va falloir très rapidement avoir une évaluation extrêmement précise des besoins nationaux des enfants, adolescents et adultes, y compris dans l’enseignement supérieur.

Cédric Lorant : Par rapport à cette évaluation des besoins, aujourd’hui, la réponse est l’organisation de l’offre à travers les PASS, pôles d’accompagnement sur la scolarisation des jeunes sourds. On voit bien qu’on met quelque chose en place pour faire une évaluation, mais on a été très désenchanté quand la circulaire PASS est apparue car il n’y avait aucune clarification sur les professionnels à mobiliser pour la scolarisation des jeunes sourds.

On évoquait ce matin le fait que, pour le parcours en langue française, tout tient du LPC, on n’avait que le terme codage. Je pense également que pour le parcours bilingue, il n’y avait aucune clarification sur les professionnels à mobiliser.On arrive donc là sur la question de la formation de ces métiers. Quel est le positionnement de votre parti sur cette question ?

Pénélope Komitès : Je reviens d’abord un instant sur la problématique des enseignants. Une des propositions du candidat est de revenir à une formation initiale de tous les enseignants, qui n’existe plus aujourd’hui, qui est extrêmement importante. J’ai été enseignante il y a plus de trente ans, j’aurais été assez déboussolée d’arriver dans une classe sans avoir bénéficié d’une formation.

Le candidat s’est effectivement prononcé pour un retour à une formation des enseignants, qui me semble importante, de même qu’il s’est engagé, au regard du désengagement qu’a eu l’État ces dernières années sur le non-remplacement de fonctionnaires, il est revenu sur le nombre d’enseignants, en proposant de créer 60 000 nouveaux postes dans l’Éducation nationale, incluant des métiers dont certains seront bien évidemment mis à la disposition des enfants, des adolescents ou des adultes en situation de handicap.

Je pense que, en termes de formation et de filières, les associations et les parents ont eu un certain nombre de désillusions, puisqu’on nous avait annoncé un grand plan national auditif avec Mme Morano. Je n’ai pas vu beaucoup de mesures arriver en termes de propositions de formations. C’est un vrai sujet. Je crois qu’il faut se poser, avec les associations et les professionnels pour voir comment on peut développer de nouvelles formations professionnelles, y compris par l’apprentissage.

Un intervenant a mentionné tout à l’heure ce que faisait le conseil régional d’Ile-de-France au niveau de l’apprentissage. Il y a des voies qui aujourd’hui n’ont pas été suffisamment sollicitées pour qu’on puisse développer des formations différentes. Je pense que, sur les problématiques de la formation professionnelle, de l’apprentissage sur ces nouveaux métiers, il est nécessaire d’avoir une conférence de consensus, de manière à définir conjointement les besoins, les nouveaux métiers, la manière dont ils seront mis en place, comment et par qui ils vont être développés. On en a besoin aujourd’hui, ça manque. Je regrette que ce plan n’ait abouti à quasiment rien.

 Cédric Lorant : Vous évoquiez la conférence de consensus, qui est une des mesures du plan handicap auditif, qui s’est bien déroulée mais sous un autre format, la conférence de concertation et de réflexion, qui effectivement n’a pas abouti à des mesures concrètes, qui étaient tant attendues par les associations.Il y a également d’autres instances, telles que le Comité national consultatif sur l’éducation des jeunes sourds, où les associations ne sont pas présentes.

Comment pourrait-on imaginer que demain il y ait une coopération entre associations et institutions pour réfléchir ensemble sur la question de la scolarisation des jeunes sourds ? C’est une question qu’on se pose. Nous avons organisé cette journée justement pour rencontrer l’ensemble des acteurs.

 Pénélope Komitès : Je suis quelqu’un qui a toujours considéré que je ne pouvais pas me passer, notamment des professionnels, mais surtout des associations pour monter des politiques publiques, parce que je considère que les associations sont le moteur de la création de ces politiques publiques, elles sont souvent celles qui nous proposent, qui nous font avancer et qui nous ouvrent des possibilités. Je pense qu’il faut effectivement que les décisions qui seront prises dans le futur, sur le handicap auditif ou sur le handicap de manière générale, je n’imagine pas une seconde que ces politiques puissent se mettre en œuvre, se décider, s’imaginer sans que les associations soient partie prenante de ce processus, ça me semble une évidence.

Cédric Lorant : Pour terminer cette tribune, et pour aller au-delà de la question de la scolarisation des jeunes sourds, l’UNISDA va publier prochainement la plate-forme de revendications pour l’ensemble des autres thématiques. On évoque notamment l’accessibilité du téléphone, l’insertion professionnelle, l’accessibilité des services publics. Toutes ces thématiques seront publiées sur notre site Internet. Je vous donne la plaquette, que vous avez également dans votre dossier.

 Pénélope Komitès : Je voudrais rappeler un engagement du candidat qui me semble essentielle : la nécessité de prendre en compte la problématique du handicap en amont. C’est-à-dire qu’on ne doit plus aujourd’hui imaginer une politique, quelle qu’elle soit, sans qu’on pense handicap et qu’on incorpore la problématique du handicap dans la loi, et qu’on la décline ensuite dans les décrets d’application, etc. Notre pays a un retard considérable en matière de handicap, à la différence d’un certain nombre d’autres pays, en particulier des pays nordiques, car on a toujours été incapable de penser en amont, et qu’on est toujours dans une politique de rattrapage.

Donc une des volontés du candidat est bien que la problématique du handicap soit pensée et déclinée à l’intérieur de chaque politique.On peut rêver qu’un jour il n’existe plus dans les collectivités territoriales, que ce soit les conseils généraux ou les communes, de politiques qui s’occupent du handicap puisque normalement, chaque autre personne devra voir pensé chaque action en amont pour la décliner. C’est comme ça que travaillent les pays nordiques, et c’est cette révolution qu’il faut qu’on arrive à faire.

Cédric Lorant : Merci. Cette plaquette sera également distribuée aux candidats à l’élection présidentielle, et nous prenons date pour d’autres rendez-vous pour animer le débat démocratique autour de la question de la surdité mais aussi d’autres thématiques.

Pénélope Komitès : Je vous remercie beaucoup de m’avoir invitée, j’étais ravie de vous revoir. Je vous fais « bravo ».

Cédric Lorant : Je voudrais tous vous remercier, rappeler que sans le soutien de la RATP et de la fondation Bouygues télécom, cet événement n’aurait pas eu lieu. Nous avons également le soutien du ministère de l’Éducation nationale par son patronage.
Merci beaucoup. Au revoir.