Table ronde COMMUNICATION PUBLIQUE et PUBLICITÉ

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Échange animé par Jean-Philippe Simonnet, animateur du site internet www.medias-soustitres.com, avec, pour les associations : Philippe Boyer (président de la FNSF), et la participation de Hélène Mignon, vice-présidente de l’Assemblée nationale et députée de la Haute-Garonne, Stéphane Martin, directeur délégué du Syndicat National de la Publicité Télévisée (SNPTV), Jacques Sangla de Websourd, Uda Benyamina, du collectif 1000 visages et réalisatrice du spot “votez, c’est un pouvoir”

Jean-Philippe Simonnet : Nous allons aborder le sujet de la publicité et de la communication publique. Globalement, l’argent public et l’argent privé peuvent-ils aider le sous-titrage, mais aussi et surtout, pourquoi la publicité et la communication publique sont-ils exclus du sous-titrage ? Vérifier page de démarrage

Actuellement, on sait que la loi ne prévoit absolument pas de sous-titrer la publicité. Or, vous êtes, nous sommes tous des citoyens, entendants ou sourds. Je me considère comme une personne pratiquement sourde dans le sens où mon ménage est à moitié sourd : ma femme est sourde, et moi-même, quand je regarde la télé, chaque soir, je me demande si on va avoir un film sous-titré, et entre 20 h 30 et 21 h, nous avons cette espèce d’immense page de pub qui n’est absolument pas sous-titrée. Aussi, on va essayer de répondre à cet intérêt, non plus en tant que citoyen, mais en tant que consommateur. Je laisse la parole tout d’abord à M. Boyer pour qu’il nous fasse part des grandes interrogations de l’UNISDA sur ce sujet et les réponses qu’on peut y apporter.

Philippe Boyer : Je suis président de la Fédération nationale des sourds de France. J’ai été invité par l’UNISDA. Vous avez dit tout à l’heure ce dont nous allons parler, mais je voudrais revenir un peu sur la politique. Il y a quelque chose qui me laisse bouche bée, c’est que, par rapport au débat, c’est la première fois que les sourds sont attirés par la politique. Il faut essayer de les attirer. Ce débat m’a un peu gêné. Deuxièmement, on a beaucoup parlé des élections présidentielles. On a chacun, les uns et les autres, notre carte électorale actuellement, et tout ce qui se passe sur la publicité par rapport au vote, on n’a strictement aucune information. Merci à Monsieur de nous montrer sa carte électorale qu’il va très certainement déchirer parce que, actuellement, à quoi cela nous sert d’avoir une carte électorale ? On n’a pas de sous-titrage, on n’a rien, pas d’informations, ou on les a beaucoup plus tardivement. Franchement, j’espère que cette situation va très prochainement évoluer et changer. On disait également que les associations ne bougeaient pas suffisamment. Pas du tout ! On ne pouvait pas bouger car on n’avait pas accès à l’information sur la politique. Si on a, dans les autres pays, comme en Angleterre, un sous-titrage parfaitement complet, on aimerait qu’avec cette loi, cela puisse changer et cela puisse évoluer. Bien évidemment, maintenant, il y a encore du travail à faire, on espère que tout cela va changer.

Je quitte cet aspect politique, et reviens à notre sujet, les informations, la publicité, etc. Beaucoup d’informations ont été faites par rapport aux soins et à la santé pour nous prévenir et pour qu’on soit plus vigilant. C’est vrai qu’on s’est senti réellement citoyen. Dans d’autres situations, on n’a pas les informations complètement. Alors on est citoyen ou on ne l’est plus ? Je ne comprends pas. Il y a une situation où on peut être complètement citoyen, où on se sent citoyen parce qu’on est complètement informé, et il y a d’autres situations où on n’est pas informé. Par exemple, les informations sur les risques, les accidents de la route, etc., où des choses sont très visuelles, où les images sont parlantes, voire choquantes, effectivement, on peut y avoir accès, on peut comprendre. Mais il y a d’autres images ou d’autres publicités un peu plus subtiles, où il y a un discours un peu implicite : on n’y a pas accès du tout, on ne peut pas comprendre. Doit-on y intégrer un sous-titrage, la langue des signes, le LPC ? Je ne sais pas. Je n’ai pas tout à fait compris de quoi on parlait tout à l’heure sur la publicité. Par exemple, on parle de la marque Coca-Cola, qui est très riche. Personnellement, je n’apprécie pas plus le Coca-Cola que ça, mais pourquoi ces gens-là qui ont un marché énorme et mondial… ? On est des clients, on est consommateur de tous ces produits-là, on n’est pas du tout écouté par rapport à ces marques qui dépensent des sommes colossales pour la publicité, et nous, on n’est pas dedans. Je reviens en arrière sur ce qui a été dit ce matin par le représentant de M6, qui parlait de sous-titrage. Effectivement, pourquoi la publicité ne prendrait-elle pas en charge le sous-titrage actuellement ? Je ne sais pas qui doit mener ce genre d’activité : est-ce la publicité, donc le domaine privé, ou bien l’Etat qui doit prendre cela en charge ? Je n’ai pas exactement compris l’intervention de Monsieur, cela me gêne un peu de dire que c’est à la publicité de parler ou de s’investir pour payer le sous-titrage. Je ne sais pas si c’est un profil réel.

Jean-Philippe Simonnet : Pour resituer les questions abordées ce matin, il est vrai qu’on a beaucoup parlé de publicité. Le grand problème du sous-titrage de la publicité, c’est que ce sont les annonceurs qui, finalement, paient les télés, aussi bien publiques que privées, c’est quand même une rentrée importante, c’est même considérable, et que ces trente malheureuses secondes qu’on leur vend si cher, apparemment, c’est beaucoup plus difficile de leur demander à eux de sous-titrer leurs propres produits. Finalement, notre débat est le suivant : est-ce le diffuseur qui doit peiner pour essayer de demander aux publicitaires, à qui il demande déjà beaucoup d’argent pour sa diffusion, de faire la démarche, ou est-ce à l’annonceur lui-même de prendre moralement cette démarche consistant à dire : « Je vais faire une publicité qui sera accessible à tous » ? C’est l’annonceur lui-même qui devrait faire cette démarche, en tout cas, c’est ce que les chaînes de télé aimeraient bien, cela leur enlèverait un fardeau, ou en tout cas, cette ambiguïté de la démarche disant : « Donnez-moi je l’argent, mais en plus, il faudrait que vous fassiez ce petit quelque chose en plus. » Quand on voit actuellement le prix des publicités, je pense effectivement que c’est là la partie de la démarche. Sur l’argent privé et public, on a parlé des communications publiques car elles font partie du même temps, c’est-à-dire des spots qu’on passe pour une campagne pour lancer des avertissements, et ces spots, eux, sont souvent d’origine publique, donc de fonds publics, et leur seule analogie avec la publicité, c’est leur temps, d’ailleurs c’est un temps qui est très court, c’est un message très fort. Malheureusement, ces spots-là non plus ne sont pas sous-titrés. Sur ce, je laisse la parole à Hélène Mignon, qui pourra peut-être nous éclairer sur ces questions de spots publicitaires.

Hélène Mignon : Bonjour à tous. Je voudrais vous dire que, si je me suis intéressée aux problèmes des sourds et des malentendants et à la langue des signes, c’est grâce à Dominique Gillot qui, lorsqu’elle était secrétaire d’État, était venue à Toulouse, avait rencontré toutes les associations de sourds et m’avait dit : « Je repars sur Paris mais tu seras ma représentante locale. » A partir de ce jour-là, je crois que je n’ai pas abandonné ceux que j’avais rencontrés, et on a la chance en Haute-Garonne d’avoir Websourd, qui apporte beaucoup. Je laisserai bien sûr à son représentant le plaisir de vous le présenter.

En ce qui concerne la publicité, très honnêtement, je vais vous dire que s’il n’y avait plus de publicité à la télévision, j’en serais ravie. Quand les spots publicitaires arrivent, en général, je me lève, je vais faire autre chose ou je baisse le son de la télé. Mais ceci est un point très personnel. Il y a deux choses, vous l’avez dit. En ce qui concerne la publicité marchande pour un produit, je crois que c’est à celui qui veut vanter son produit et le vendre de faire l’effort. S’il projette des spots, des petits films à la télé, c’est bien pour attirer le client. Attirer le client, cela veut dire tous les clients. A partir de là, c’est à lui de prendre en charge les frais supplémentaires. Par contre, tout ce qui est de la politique publique doit être pris en charge par l’État. Comment organiser cela avec les chaînes ? C’est un problème technique. Là-dessus, il faut qu’on divise très nettement le public et le privé.

Jean-Philippe Simonnet : C’est certain que c’est de la responsabilité de l’annonceur. En même temps, les pouvoirs publics ne peuvent-ils pas « aider » la prise de conscience des annonceurs qui, s’ils sont concernés par leurs profits, ne le sont pas obligatoirement par ce nouveau marché de six millions de personnes qui n’ont jamais vu quasiment une publicité télévisuelle sous-titrée ? Finalement, on pourrait le considérer comme étant enfin un nouveau marché pour eux. Ils ont plus de quarante, cinquante ans, je pense que Monsieur va nous renseigner tout à l’heure sur l’histoire de la publicité à la télé, je pense qu’ils ont un nouveau marché qu’ils doivent conquérir, et peut-être que les pouvoirs publics peuvent donner cette impulsion en leur demandant pourquoi ils ne le sont pas, d’autant plus qu’on a retiré de la loi cette obligation. Je ne sais pas par quel miracle politicien c’est arrivé, mais toujours est-il que cette petite ligne fait que, dans les 100 % de sous-titrage, il y a 100 % moins les coupures pub.

Hélène Mignon : En ce qui concerne la loi de 2005, il a fallu batailler fort pour faire accepter par le gouvernement un certain nombre de choses, et heureusement, la loi qui est sortie de notre vote n’était pas identique à celle qu’on nous avait présentée parce que ni les uns ni les autres, nous ne pourrions être contents de ce qui s’est passé à l’époque. Nous avons été trois parlementaires femmes à l’Assemblée nationale à nous battre vraiment, du début jusqu’à la fin, pour faire avancer les choses. Puis j’ai une chance extraordinaire, c’est que Jérémie Boroy est mon assistant, donc en ce qui concerne les sourds et malentendants, j’ai été fortement aidée et nous avons poussé au maximum. Mais pousser au maximum quand vous êtes dans l’opposition, ce n’est pas forcément aller jusqu’au bout de vos décisions et de vos envies. Il y a quand même eu des avancées importantes. Une loi est toujours perfectible, on peut donc revenir dessus. Mais le problème de fond est : veut-on beaucoup de publicité ou pas à la télévision ? Si on veut de la publicité, ceux qui en retirent les bénéfices doivent aussi prendre un certain nombre de charges et accepter les contraintes.

Jean-Philippe Simonnet : Merci. Je vais passer à M. Stéphane Martin : vous êtes le délégué du Syndicat national de la publicité télévisée. Notre interrogation, en tant que public sourd et malentendant (je me sens concerné dans cette histoire), le grand problème, c’est que, quand on regarde un film ou une émission, on a un pointillé, c’est-à-dire qu’à un moment donné, les entendants disent : « La publicité, c’est bien pour aller pisser, je vais m’arrêter, je vais boire un coup, je vais aller ranger la vaisselle, cela me permet de faire une pause. » Mais nous, en tant que sourds, la seule chose qu’on voit, c’est qu’on s’arrête, et il n’y a plus rien. Pour vous donner une idée de ce que cela fait, à tous les entendants du monde, prenez un film, arrêtez cinq minutes le son, vous allez que c’est incompréhensible. Ce sentiment de pointillé est d’autant plus renforcé que la publicité est omniprésente. On a parlé de génération pub, de Culture Pub, qui était une émission phare, et toutes ces émissions n’étaient pas accessibles, et cette culture, qui existe chez les entendants, au point qu’ils en sont maintenant à ne plus en vouloir du tout, nous ne la connaissons pas. Vous, en tant que délégué, pensez-vous que c’est un nouveau marché pour vous ?

Stéphane Martin : Bonjour. Merci de nous recevoir dans un débat si vaste. La pub est arrivée en France en 1968 à la télévision sur les chaînes publiques. Avec la redevance, pour les chaînes publiques uniquement, elle assure des ressources, et pour les chaînes privées, elle leur permet tout simplement d’exister. Donc pas de publicité voudrait dire moins de programmes, c’est la base du système économique. Sur les publicités et cette problématique du sous-titrage, je crois que, dans sa grande sagesse, le législateur a justement mis à part la publicité télé par rapport aux programmes parce que la relation entre fournisseur et client est inversée par rapport à la chaîne. Évidemment, comme la chaîne achète des droits ou une œuvre audiovisuelle, elle est dans une autre relation que quand c’est un producteur, donc un annonceur, qui lui achète des espaces publicitaires. Ceci dit, techniquement, puisque c’est dans un même flux, il est tout à fait possible, et déjà dès maintenant, que n’importe quel annonceur, qu’il soit d’ailleurs public ou privé, puisse accéder. C’est d’ores et déjà possible, les entreprises que je représente, qui sont les régies publicitaires télévisées, ce sont donc les entreprises qui commercialisent les espaces publicitaires pour le compte de chaînes, peuvent techniquement diffuser, et je crois que les annonceurs sont de plus en plus sensibilisés et de plus en plus intéressés. Vous parliez d’un nouveau marché. Je pense qu’elles n’avaient pas forcément toute conscience de ce marché, mais en tout cas, la loi a déjà permis un éclairage important et l’ensemble des combats qui sont menés, notamment dans le cadre de ce congrès.

Jean-Philippe Simonnet : Votre venue parmi nous dans ce congrès aujourd’hui est-elle le révélateur d’une possible prise de conscience des annonceurs qui se ferait directement ? Avez-vous déjà été contacté par un annonceur qui vous aurait demandé si cela valait le coup, s’il devait le faire ? Ou alors, est-ce encore pour eux une espèce d’obligation possible comme une épée de Damoclès qui pourrait arriver un jour, le jour où le législateur les obligera ? Quel est le combat que nous devrions mener à votre avis ? Parce que là, après tout, on peut se retourner aussi contre nous, c’est-à-dire que nous avons tenté à chaque fois de défendre le fait d’avoir la télé accessible de façon totale, c’est-à-dire aussi bien les émissions que les publicités, et vous dites que, finalement, il vaut mieux aller convaincre les annonceurs puisque ce sont eux qui amènent l’argent. Qui va pouvoir convaincre ces grands pourvoyeurs d’émissions ? Est-ce que ce sera nous ? Les pouvoirs publics ? Ou est-ce simplement en faisant des actions de publicité nous-mêmes ?

Stéphane Martin : Déjà, le dernier cas est toujours possible. Je crois que la conviction va venir très vite. Les employeurs sont des employeurs, ce sont aussi des citoyens, et ils sont aussi présents dans la société. J’ai pris contact avec eux avant de venir. Certes, il y a eu quelques cas de publicité, mais c’est vraiment très marginal. C’est justement par une meilleure information de votre part qu’ils seront tout à fait conscients que le très léger surcoût pour eux, puisque sous-titrer représente un surcoût et un peu de temps, est pour eux non pas une marche impossible à franchir, mais tout simplement un nouveau process à mettre en place dans la production, qui pourra prendre un peu de temps, mais qui pourra certainement se faire le plus vite possible. Mais c’est vrai, tous ensemble, nous pouvons passer l’information. Si le législateur ne l’a pas fait, il n’y a pas forcément besoin de passer par un décret ou autre chose. Je crois vraiment qu’une information de votre part suffira, et de notre part, si je suis présent, c’est aussi pour faire passer votre message.

Jean-Philippe Simonnet : Donc, vous voulez dire que le Syndicat national de la publicité télévisée est prêt quelque part à essayer d’entretenir avec nous une démarche avec les annonceurs pour avoir de la publicité sous-titrée ? Dès cette année ?

Stéphane Martin : Tout à fait. Sans promesse électorale. Nous pouvons tout à fait passer l’information, déjà rassurer les annonceurs et leurs agences que, techniquement, c’est possible, mais en même temps, il faut évidemment que l’ensemble de la chaîne de production soit en place, mais elle se met en place. De toute façon, elle doit se mettre en place pour l’ensemble des programmes.

Jean-Philippe Simonnet : L’UNISDA n’a pas l’habitude de se cacher derrière les problèmes techniques. On a vu qu’on pouvait sous-titrer jusqu’à 15 à 20 000 heures de programmes. Ces trente secondes-là, pour chaque annonceur, ce n’est plus un problème économique pour eux, c’est finalement une habitude à prendre ?

Stéphane Martin : C’est vraiment dans les process de création. Je rappelle que, dans un process de création, il y a l’annonceur qui, bien souvent, passe par une agence, qui crée les campagnes. Ensuite, il y a un process avec les sociétés et toutes les industries techniques et audiovisuelles qui sont évidemment de la partie et de la post-production, et ensuite, jusqu’à la régie finale de la chaîne de télévision, de la centaine de chaînes de télévision qui diffusent de la publicité en France.

Jean-Philippe Simonnet : Nous savons un peu mieux quel chemin nous avons à faire. Je ne sais pas si vous vous rappelez de cette campagne de publicité qui disait « Demain, j’enlève le bas ». Si cette année, il y a un annonceur qui fait une publicité sous-titrée, j’enlèverai le bas, symboliquement, parce que je pense qu’il faut absolument que les annonceurs se lancent dans cette idée que nous sommes des consommateurs comme chacun. Nous avons l’habitude de voir la publicité écrite, j’aimerais la voir sur la télé aussi, et c’est vrai ce n’est pas parce que ce sont eux qui paient toutes les émissions de télé qu’il faut qu’ils nous oublient. Nous ne sommes pas minoritaires du tout, on vient d’en voir la grande preuve aujourd’hui. Je tiens vraiment solennellement à dire que j’espère que nous aurons de plus en plus de débats entre nous pour pouvoir amener cette prise de conscience chez les annonceurs.

Je vais donner la parole à Jacques Sangla, de Websourd, qui a depuis longtemps lancé l’idée d’avoir non seulement un sous-titrage, mais aussi une interprétation en langue des signes quel que soit le moment de la vie. On l’a vu tout à l’heure, il y a maintenant des produits de Websourd sur le téléphone mobile, je pense que la publicité et les communications publiques sont un tremplin peut-être aussi pour cette langue des signes car elles interviennent au moment où on en a le plus besoin. Je pense à toutes les communications publiques. Une chose toute simple. Vous vous souvenez de cette publicité pour le CSA, pour les moins de dix ans, de cet enfant terrifié sur un canapé ? Elle n’était pas sous-titrée.

J’anime avec ma femme un site qui s’appelle Médias sous-titres. Cela nous a pris un quart d’heure, on a mis la vidéo en ligne pour que, enfin, on puisse comprendre ne serait-ce que cette première vidéo qui disait qu’il y avait des programmes qui étaient interdits aux moins de dix ans et aux moins de douze ans. On a juste fait un sous-titrage parce que c’est la seule chose qu’on sait faire. J’espère que Websourd pourra aussi répondre à ce type de communication, proposer en permanence que ce soit en ligne ou à la télé, des communications en langue des signes française pour pouvoir toucher la totalité du public sourd.

Jacques Sangla : Merci bien. Bonjour à tous. Dans un premier temps, je vais vous expliquer un peu ce qui se passe sur Websourd. Merci beaucoup aux gens qui ont organisé ce colloque. On a parlé beaucoup de l’accessibilité à la télévision, il y a ensuite l’accessibilité sur les médias, presse écrite, journaux, l’accessibilité télévision, et également l’accessibilité Internet, et sur les téléphones portables actuellement. C’est ce que l’on fait principalement au sein de notre service, Websourd. Nous sommes davantage axés sur le travail d’accessibilité sur Internet et les téléphones portables. Notre structure : nous avons trois partenariats divers. On travaille aussi bien avec les entreprises privées, les services de recherche, etc. On a également des partenariats avec les conseils généraux, les conseils régionaux pour pouvoir fonctionner. L’objectif est effectivement l’accessibilité, l’accessibilité au monde des sourds, l’accessibilité pour tous, c’est-à-dire qu’on puisse avoir réellement une accessibilité bilingue : une personne qui préfère regarder un texte ou une personne qui préfère avoir un accès par langue des signes. Voilà notre objectif : les personnes pourront avoir le choix sur tous les moyens de communication. Nous avons différents services. Au départ, nous avons réfléchi sur la façon de faire fonctionner tout cela et on a beaucoup travaillé sur les textes, sur les émissions. Souvent, ça allait vite, et il n’y avait pas de séparation entre… (Problème technique pour les interprètes, champ visuel coupé.) Il y a beaucoup de choses dans le sous-titrage, et on s’est demandé ce que devait faire Websourd : devait-on mettre des sous-titres ou la langue des signes ? On a essayé de réfléchir tous ensemble et de débattre. On a eu une nouvelle idée, qui était une vraie innovation : séparer la langue des signes et le texte écrit pour donner une satisfaction plus grande. On peut lire les mots, découvrir les choses, entendre, découvrir, s’enrichir, avoir des cours en linguistique, et également lire la langue des signes, et du coup s’exprimer. Il y a un point visuel expressif qui est fait, et du coup, au niveau des yeux, il y a une satisfaction plus complète et plus riche pour un épanouissement total. C’est par-là qu’on a essayé d’évoluer, qu’on a essayé d’avancer. Différents services sont créés. On a créé un site Internet : www.websourd.org, avec différentes informations, de la politique, de la recherche. Bref, c’est assez complet, avec des animations. Depuis janvier, on a commencé à faire des traductions qu’on a apposées dans ce site. Il y a environ 30 000 personnes qui viennent tous les mois visiter ce site, et c’est en augmentation continuelle. Le site Internet commence vraiment à avancer de plus en plus. En deuxième point, il y a des sites de la mairie, des sites de la Préfecture, du ministère de la Culture, des sites Internet avec beaucoup de texte, et on a demandé d’ajouter de la langue des signes au texte, c’est-à-dire qu’on peut cliquer sur un item pour avoir la langue des signes et faire la traduction entre les deux. En troisième lieu, tout ce qui se passe là sur la conférence, les congrès, sur tout ce qui est colloque, nous avons essayé de réfléchir à une accessibilité complète sur une journée entière et sur la possibilité de le mettre sur un serveur en réseau et, quinze jours après, revoir l’événement qui s’est passé auparavant. On commence aussi à faire un modèle avec les mobiles, d’avoir des informations avec SFR, comme cela vous a été présenté précédemment par le responsable de SFR. On a commencé également à réfléchir sur la journée du congrès, sur l’accessibilité, sur les médias, sur le cinéma, sur les DVD, sur la publicité, et on s’est demandé où était Internet, où était la place d’Internet dans la loi. C’est une question qui reste entière. Est-ce que, dans l’avenir, Internet sera aussi accessible aux personnes sourdes ? Va-t-on y penser ou pas ? Ou bien l’accessibilité sera-t-elle complète et totale ? Effectivement, L’œil et la Main, depuis des années, réussit des choses. Il faut une protection pour chacun pour que cela avance et pour que l’inaccessibilité cesse. Nous sommes vraiment inquiets sur ce qui va se passer par la suite. L’UNISDA essaie de combattre là-dessus et d’ajouter à la loi de 2005, de ne pas oublier en tous les cas Internet. Il y a différents points positifs, il y a un programme pour les enfants en langue des signes, il y a un programme pour les adolescents qui est prévu également en langue des signes, et également pour les adultes et pour les personnes âgées. C’est-à-dire qu’il y a différents critères qui sont présents, et c’est très ouvert. Pour l’instant, on est vraiment sur les enfants, mais c’est à condition d’être tous ensemble qu’on pourra avancer sur l’évolution de chacun et travailler ensemble. En France, il y en a qui ne bougent pas, qui n’avancent pas. Websourd a décidé de se débrouiller seul pour travailler en réseau, pour trouver des financements pour enfin pouvoir rendre le droit à chaque sourd et avancer de plus en plus, et encore plus en avant dans la durée. Voilà ce que je voulais dire. Je voulais également passer quelques extraits. J’ai oublié de dire quelque chose à propos de l’interprétation en langue des signes ce matin, on a vu à l’écran, c’est une nouvelle technique, l’UNISDA a mis en place une formation pour des sourds traducteurs, pas des sourds interprètes, mais des sourds traducteurs. Ils sont souvent victimes linguistiques, c’est-à-dire qu’ils ont une formation en deux ans, et peuvent devenir traducteurs professionnels du texte écrit à la langue des signes, et on verra cela sur Internet. Il y a les interprètes qui font leur travail, cela ne change absolument pas leur travail de traduction, d’interprétation de la langue des signes vers le français oral ou inversement, mais c’est une nouvelle profession de traducteur de textes français vers la langue des signes. Voici un exemple de ce qu’on diffuse sur Internet. Ici, c’est quand Jacques Chirac est venu à un congrès : on a en regard le texte et la langue des signes. Ici, c’est un congrès sur l’accessibilité, du même type qu’ici, avec enregistrement et diffusion. Il y a différents exemples : pour des mariages, des enterrements, des scènes de la vie quotidienne, des explications de certains mots français. Voilà notre dernière création, en 3G. Voilà donc le travail d’une équipe pendant deux ans, en partenariat avec vous, bien sûr. Dans l’avenir, effectivement, il y a les chaînes de télévision sur lesquelles se mène un combat d’accessibilité, mais d’autre part, il y a aussi Internet sur lequel il faut mener une action en parallèle, de manière à ce qu’il puisse alimenter les chaînes de télévision plutôt que l’inverse, ce qui se passe actuellement car c’est la télévision qui alimente Internet. Donc ce serait beaucoup plus riche. Merci de votre écoute.

Jean-Philippe Simonnet Merci, Jacques Sangla. Enfin, je vais donner la parole à Uda Benyamina, qui est au collectif 1000 Visages, et qui a réalisé un spot : « Votez, c’est un pouvoir. » Comment vous est venue l’idée, non seulement de le sous-titrer, mais j’ai vu dans le spot qu’il y avait même de la langue des signes ? Vous avez essayé de faire quelque chose d’assez large. D’où est venue cette prise de conscience de faire un spot citoyen pour défendre le droit de vote ?

Uda Benyamina Merci de nous avoir invités. A la base, on est une association de cinéma et on a voulu que le spot soit représentatif de la France d’aujourd’hui. En France, il y a des Français noirs, caramels, petits, gros, riches, pauvres, et il y a des sourds, des handicapés. Pour moi, c’était très important que, dans ce spot, il y ait la France d’aujourd’hui. La France d’aujourd’hui est composée de tout cela. Je pense que le problème, aujourd’hui, c’est qu’on est égoïste et qu’on n’a pas d’imaginaire. Si aujourd’hui, on met un sourd dans un spot ou au cinéma, ou même un noir ou un arabe, le noir va être vigile, l’arabe va être voleur, du coup, on est dans des stéréotypes. Notre collectif se bat contre tout cela.

On nous a balancé que c’était des problèmes d’argent. Le spot a été financé par 1000 Visages et par la mairie de Viry-Châtillon. On a eu un tout petit budget. Normalement, c’est le ministère de l’Intérieur qui aurait dû financer ce spot. Il n’y a pas eu de spot pour l’incitation au vote parce que, bien évidemment, on n’a pas trop envie que les gens aillent voter. Nous, on a tenu à faire ce spot. Il a été réalisé en trois semaines. Des acteurs connus ont accepté de le faire, d’autres inconnus, ce n’était pas uniquement pour mettre des stars. On l’a subventionné nous-mêmes. Le BVP, parce qu’il fallait un accord pour qu’il soit diffusé sur M6 et Canal, ne nous a pas fait payer l’accord. Pour le sous-titrage, c’est vrai qu’il fallait chercher un budget, la monteuse a pris un peu d’argent.

Il faut arrêter ! Quand on fait un film, on paie un réalisateur ou un acteur un million d’euros et on n’est pas prêt à mettre un budget pour le sous-titre. C’est vraiment démagogique, les gens ne pensent pas réellement, ils sont communautaires : la communauté arabe, la communauté noire, la communauté sourde, et on ne veut pas se mélanger. Maintenant, le cinéma est devenu aristocratique, c’est-à-dire que c’est vraiment le droit du sang, il y a toujours les mêmes personnes qui le font, et on s’en fout. C’est pire que tout. A la limite, ce qui serait bien, c’est qu’il y ait une sorte de réaction, mais là, c’est l’indifférence, et je pense que cela devrait être obligatoire, c’est-à-dire qu’à partir de maintenant, ce n’est pas dans dix ans, ce n’est pas en 2010, c’est maintenant : ils font un budget pour la lumière, ils font un budget pour le cadrage, ils ont des budgets pour cela, eh bien ils font un budget pour le sous-titre. Point. Et cela devrait être obligatoire, on ne devrait pas attendre la bonne conscience des gens parce que c’est comme la discrimination positive, il faut qu’il y ait des Français caramels dans le cinéma français, et pas un ou deux et pas simplement pour faire les comiques.

De la même façon, dans les sociétés aujourd’hui, des cadres… Mon frère, cela fait cinq ans qu’il cherche du travail, il a bac + 5, et il n’en trouve pas parce qu’on est dans des images, et c’est valable pour tout le monde. Quand vous demandez pourquoi on se charge de cela, c’est parce qu’on est humain, on a tous donné un peu de nous là-dedans. Les publicitaires gagnent plein d’argent, quand ils me disent qu’ils n’ont pas les budgets, ce n’est pas vrai, ils ont les budgets pour le faire, ils peuvent mettre un budget pour le sous-titre.

Aujourd’hui, il faut vraiment mettre une loi. Tout à l’heure, vous demandiez : comment on fait ? Est-ce que c’est les publicitaires ? Nous, ce n’est pas vraiment une pub qu’on a fait, c’est un spot. On vote une loi et à partir de maintenant, c’est obligatoire : vous sous-titrez. Ce qu’il y a de pire sur cette terre, c’est l’indifférence, et en ce moment, ce qu’on fait avec les sourds et les malentendants, c’est qu’on ne vous calcule pas, vous n’existez pas. C’est ce qu’il y a de pire sur cette terre, on n’a pas le droit de faire cela.

Jean-Philippe Simonnet Merci beaucoup. Vous auriez dû faire de la politique plus tôt. Je pense que votre intégration dans le milieu des sourds est déjà fort bien passée.

(Diffusion du spot)

Je tenais vraiment à ce qu’on voie ce clip jusqu’au bout car cela résume bien la teneur de la totalité de nos débats : nous avons le pouvoir de pouvoir faire quelque chose ensemble, avec les sourds et les entendants. Ce que je trouve très intéressant, c’est que vous avez résumé parfaitement une bonne partie de la journée en un seul clip, en nous incluant dedans sans nous avoir demandé, je trouve cela formidable. Merci encore.

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