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La circulaire du 7 septembre 1987 :

C’est dans la circulaire n’87-273 et 87-08 du 7-9-1987 que pour la première fois est évoqué le projet linguistique d’établissement.

A. Communication et enseignement : un équilibre difficile.

Du fait de la défaillance de son canal informatif acoustique, l’enfant sourd a tendance à mettre spontanément en œuvre une communication gestuelle. Il participe par ailleurs, dans sa famille et dans la société au monde des entendants dont il doit impérativement apprendre la langue, ce qui exige des efforts d’autant plus importants que cet apprentissage est plus difficile. La pédagogie adaptée aux enfants sourds se trouve donc confrontée à deux impératifs d’égale importance. Le premier est celui d’une communication efficace et par conséquent du choix d’une stratégie qui fasse une place suffisante au canal visuel et, éventuellement, à la langue des signes. Le second nécessite que ce choix n’entrave pas, mais au contraire favorise l’apprentissage et l’utilisation efficace de la langue française orale et écrite dans la communication spontanée et pour l’enseignement des différentes disciplines scolaires. La difficulté est telle qu’on ne saurait proposer des recettes simples. Il appartient aux équipes pédagogiques d’opérer des choix en fonction du cas de chaque enfant, de son histoire personnelle et de son environnement familial en liaison étroite avec les familles dont le rôle est déterminant dans la réussite de l’éducation.

B. Oralisme et bilinguisme

En 1880, au congrès de Milan, les pratiques “oralistes” étaient préconisées sans tenir compte des conditions existantes : enfants groupés tardivement dans de gros internats, sans avoir bénéficie ni d’une éducation précoce ni de l’aide de prothèses auditives. C’était se condamner à de nombreux échecs sauf recours à un quasi-préceptorat. Au cours des dernières décennies, un ensemble théorique et pratique a été constitué par les psychologues, linguistes, audiophonologistes, audioprothésistes, orthophonistes, pédagogues spécialisés, parents et adultes sourds. On connaît mieux les conditions nécessaires et suffisantes pour que l’enfant sourd accède au langage, à la connaissance et aux professions auxquelles ses capacités lui permettent de prétendre. Mais il suffit qu’une seule de ces conditions ne soit pas remplie pour qu’un retard de développement apparaisse ; c’est pourquoi les responsables locaux de l’enseignement, ainsi que chaque membre des équipes, doivent veiller à ce qu’elles soient satisfaites.

On soulignera d’abord l’importance de l’organisation du dépistage, du diagnostic, de l’appareillage et de l’éducation précoces tels qu’ils sont prescrits par la circulaire n° DGS 78/PME2 du 24 janvier 1977. En effet, la langue maternelle s’acquiert dès la naissance au sein des familles qui, pour 96% des enfants déficients auditifs, sont entendantes.

Quelle que soit la part faite au langage des signes, la parole et l’éducation auditive doivent rester une préoccupation essentielle. D’autant plus qu’une technique, vieille d’une vingtaine d’années mais encore trop peu employée dans les écoles, le langage parlé complété (LPC) permet, dans la majorité des cas, une réception fiable de la parole lue sur les lèvres : le taux d’information perceptible sur les lèvres seules est inférieur à 30%.

Cependant le LPC, complément de la labiolecture, ne facilite pas suffisamment l’expression. Dans l’échange langagier, il pourrait subsister un déséquilibre en faveur de la réception si on ne mettait pas tout en œuvre le plus tôt possible pour procéder à l’apprentissage de la parole.

Mais la pédagogie des jeunes enfants pourra aussi inclure un apport signé, langue des signes française ou français signé (visualisation de la langue française par emprunt au lexique de la langue des signes combiné selon les règles de la syntaxe du français) sans abandonner l’exigence de l’oralisation.

Dans la pratique, le choix existe donc entre une méthode bilingue et une méthode orale modernisée. En ce qui concerne la première, il ne saurait être question de remplacer des méthodes oralistes, qui n’aboutiraient pas à de réelles possibilités de communication pour les enfants, par le bilinguisme d’adolescents qui seraient inadaptés à accroître leur culture en raison de leur incapacité à lire le français. Le bilinguisme doit conserver une place primordiale au français parlé et écrit.

La démutisation et l’apprentissage du langage par tous les enfants sourds sont donc plus que jamais des impératifs pédagogiques absolus.( … ) “

• L’article 33 de la loi du 8 janvier 1991 : le libre choix des familles

La circulaire n’93-201 du 25 mars 1993, donne les indications nécessaires à la mise en œuvre de la loi, dite “loi Fabius”, sur l’exercice du libre choix :

“L’article 33 de la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 reconnaît aux jeunes sourds et à leurs familles la liberté de choix entre une communication bilingue -langue des signes et français -et une communication orale dans le domaine de l’éducation.
Le décret n° 92-1132 du 8 octobre 1992 garantit l’application de la loi grâce à une série de dispositions réglementaires que les pouvoirs publics ont le souci d’intégrer dans une politique plus générale concernant les enfants, adolescents et jeunes adultes atteints de surdité.

La circulaire n° 87-08 du 7 septembre 1987 relative à l’organisation pédagogique des établissements publics, nationaux, locaux et des établissements privés accueillant des enfants et adolescents atteints de déficience auditive sévère ou profonde et la circulaire n° 88-09 du 22 avril 1988 relative à la modification des conditions de la prise en charge des enfants et adolescents déficients sensoriels par les établissements et services d’éducation spéciale notamment, sont donc complétées par la présente circulaire qui définit :
-le profil de la population concernée et les modes de communication proposés, -les conditions d’exercice du choix de l’option éducative correspondant à un mode de communication déterminé, -les dispositions qui doivent être prises par les établissement et services concernés de manière à permettre l’application de l’article 33 de la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991.
Profil de la population concernée et modes de communication

Sont concernés par le décret les jeunes sourds dont la différence auditive, les troubles qu’elle entraîne, les difficultés de communication qui en résultent, ont fait l’objet d’une étude approfondie de la part des commissions de l’éducation spéciale aboutissant à une proposition de prise en charge qui permet la mise en œuvre d’un projet individuel d’éducation. Ce projet inclut désormais le choix, révisable, du mode de communication.

La mise en œuvre de tout mode de communication dans l’environnement du jeune sourd implique pour l’équipe éducative la maîtrise du mode de communication choisi et l’utilisation des aides pédagogiques et techniques propres aux différentes composantes de celui-ci, de manière à favoriser et accélérer son appropriation par le jeune sourd. La participation active du milieu familial est souhaitable. Cette mise en œuvre nécessite la distinction des apprentissages spécifiques à chaque outil linguistique prévu : langue française orale, langue française écrite et langue des signes.

La communication bilingue se caractérise par l’apprentissage et l’utilisation de la langue des signes française en association au français. Elle inclut la communication orale (langage, parole, lecture labiale), élément essentiel d’une bonne acquisition de la langue française (parlée, lue et écrite), d’un accès à la culture, d’une insertion sociale et professionnelle réussie.

L’apprentissage et l’utilisation de la communication orale visent à la pleine maîtrise de la langue française en s’appuyant sur un ensemble d’aides techniques, technologiques et pédagogiques, notamment celles évoquées dans la circulaire n’87-08 du 7 septembre 1987 : prothèses auditives, langage parle complété, méthode verbo-tonale et français signé.

Le législateur a voulu mettre fin aux querelles du passé et offrir aux jeunes sourds tous les moyens de communication appropriés pour que leur cursus scolaire, universitaire ou de formation professionnelle soit le moins possible entravé par les difficultés graves de compréhension et d’expression qu’ils rencontrent. Ces nouvelles dispositions donnent aux jeunes sourds des possibilités accrues de formation en milieu scolaire ordinaire avec l’appui des services spécialisés de soutien auprès des écoles, des collèges, des lycées et des universités.

Le choix d’un mode de communication implique un investissement de la part de l’établissement ou du service qui prend en charge l’enfant sourd. Il implique également un engagement de la famille qui participe à l’élaboration, à la réalisation et à l’évolution du projet individuel thérapeutique, pédagogique et éducatif prévu pour l’enfant (art. 11 de l’annexe XXIV quater au décret n° 88-423 du 22 avril 1988). “