Emmanuel Dollfus

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Je ne suis pas représentant du gouvernement, j’ai monté une structure qui s’occupe de conseil pour l’accessibilité des produits culturels, particulièrement pour la télévision.

Nous parlerons essentiellement ici de sous-titrage, mais ce que je vais dire est applicable aussi à la langue des signes.

La nouvelle loi sur l’adaptation des programmes de télévision est des plus ambitieuses du monde. Voir le site Web.

Elle peut paraître violente pour des chaînes qui ne faisaient quasiment rien et à qui on demande tout dans des délais resserrés. 5 ans sont vites passés.

Cela dit, la télé accule un retard certain.

Le retard est issu d’une indifférence notoire et devait être compensé par le politique, c’est ce qu’il a fait par cette loi.

C’est sans compter l’historique de ces chaînes, car les grandes chaînes ne partent pas de 0, mais de 20 % de leur grille de programme.

France Télévisions a fait cette année des progrès substantiels.

Certaines chaînes sont bien disposées à l’égard de la loi, mais elles doivent s’en donner les moyens et en avoir l’ambition.

La question qui se pose est de savoir comment les chaînes de télévision vont arriver à sous-titrer l’ensemble des programmes.

L’objectif, on l’a, c’est la loi. Donc on parlera des méthodes.

Il y a un modèle économique du sous-titrage qui doit être repensé, avec une fertilisation dans d’autres objets culturels, comme les DVD et le cinéma.

Certaines techniques sont de qualité, voyez la vélotypie, mais en 2010, il faudra sous-titrer 60 000 heures de programme par an. Il faut développer d’autres techniques, comme la reconnaissance vocale, qui donne des résultats intéressants au Québec. Il faut avoir les outils permettant d’avoir un sous-titrage de qualité à moindre coût.

Pour la langue des signes, qui est complémentaire du sous-titrage, le numérique devrait permettre de l’introduire dans un médaillon optionnel. Pourquoi pas commencer par rendre disponibles par Internet les journaux d’information avec langue des signes.

L’évaluation de la qualité de ce que produisent les chaînes semble être un passage obligé, mais les outils de cette évaluation sont encore à créer.

Le manque d’information concerne l’existence même du sous-titrage, comme si c’était un service honteux, qu’on doit cacher pour qu’il soit utiliser le moins possible. Ça doit changer, et les chaînes doivent s’intéresser au devenir du service. Sans les utilisateurs, il est difficile de mettre en place un service de qualité.

Le sous-titrage de programmes de télé est devenu un vrai enjeu économique. C’est 60 000 heures de programme par an, ça concerne 5 millions de personnes potentiellement, et on devine que les enjeux économiques peuvent devenir très importants. La loi a servi d’accélérateur. Le sous-titrage devient un nouveau service, il était auparavant une contrainte.

Il se pourrait que l’augmentation de l’offre adaptée à la télé fertilise d’autres offres culturelles. Cela ouvre la porte de l’adaptation de films au cinéma dès la production, et sur toutes les fenêtres de diffusion à la télé. Ce sont des chantiers qui concernent tout le monde, les chaînes, les pouvoirs publics et vous qui êtes ici.

Le service public devra jouer un rôle de précurseur, bien entendu, car son volume de diffusion est le plus important, et car ça fait partie des exigences de service public. Il faudra montrer de façon très visible que le respect des téléspectateurs existe vraiment.

Le bilan de la nouvelle équipe de France Télévisions sera fait en fonction de son ambition pour développer des services nouveaux. Le gouvernement devra également donner au service public les moyens de son ambition. Le contrat d’objectifs et de moyens devra être un véritable plan de bataille. Les chaînes privées devraient aussi s’engager rapidement dans cette bataille. Le rôle du CSA doit également être central. Il aura bien du travail dans les prochains mois. Il devra préciser les obligations des chaînes mais aussi contrôler qu’elles sont bien remplies.

Aujourd’hui, il y a encore des différences entre les déclarations des chaînes et celles des personnes qui suivent les sous-titres. Outre la quantité, le CSA devra veiller à la qualité de ce qui est produit par les chaînes et surtout de ce qui est reçu par les téléspectateurs.

C’est à vous, qui avez obtenu une avancée avec cette loi, de contribuer à sa mise en place de manière constructive. La loi prévoit d’ailleurs des rencontres régulières avec le CNCPH pour le sous-titrage et la langue des signes.

Les associations devront rester vigilantes et associées étroitement au projet.

Merci.